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Nom Cartry
Prénom Michel
Naissance Paris  (22 septembre 1931)
Décès Paris (01 août 2008)
Sections
Sciences religieuses
Statuts et fonctions
Directeur d'études
Direction d'études
Religions de l'Afrique Noire
Situation de famille
Marié
Laboratoire
Systèmes de pensée en Afrique Noire (CNRS-EPHE)
Études et formations

Michel Cartry s'engage au tout début début des années 1950 dans un cursus de philosophie à la Sorbonne où il suit entre autres les cours de Maurice Merleau-Ponty, Jean Hyppolite, Georges Canguilhem et Gilles Deleuze. Quelques années plus tard, il s'oriente vers l'ethnologie sous l'influence de la pensée de Claude Lévi-Strauss, Michel Foucault, mais aussi de Jacques Lacan dont il suit régulièrement les séminaires, aux côtés de ses amis Alfred Adler, Lucien Sebag, Pierre Clastres. À partir de 1959, il suit les enseignements de Georges Balandier et de Jacques Mercier à l'EPHE (VIe section). En 1962, Georges Balandier lui confie une première mission de longue durée en Haute-Volta (actuel Burkina-Faso).
Ces trois champs, philosophie, ethnologie et psychanalyse auxquels il se forme concomitamment, irriguent toute son œuvre.

Parcours professionnel, responsabilité à l'EPHE

- Direction de laboratoire :
1974-1975 : Fondateur et co-directeur avec Luc de Heusch du laboratoire associé EPHE-CNRS "Systèmes de Pensée en Afrique Noire"
1975-1990 : Directeur du laboratoire "Systèmes de Pensée en Afrique Noire".
- 1975 : Fondateur de la revue Systèmes de Pensée en Afrique Noire (CNRS-EPHE)

Parcours professionnel hors EPHE

Assistant de recherches au Centre de Recherches et d'Études internationales (CERI), de 1960 à 1963, il entre au CNRS en 1964 et rejoint le groupe de recherche "Boucle du Niger" (GR11) dirigé par Germaine Dieterlen et Jean Rouch.
De 1967 à 1969, il est détaché auprès du ministère de la coopération pour prendre en charge le Centre Voltaïque de la Recherche Scientifique (CVRS).
À son retour, il réintègre le CNRS jusqu'à son élection comme directeur d'études à l'EPHE.

Domaines de recherches

Dès ses premières enquêtes en pays gourmantché (Haute-Volta) où il commence par étudier minutieusement l’organisation sociale (relations de parenté et d’alliance, habitat), les systèmes politiques des diverses chefferies ainsi que liens complexes tissés avec les populations voisines, la principale préoccupation de Michel Cartry est d’y repérer ce qui s’y révèle de formes de pensée singulières, irréductibles aux catégories occidentales : formes de pensée qu’il n’aura de cesse d’explorer dans ses enquêtes ultérieures, centrant son attention sur l’activité rituelle et les faits de langue, réinterrogeant, à partir de ses propres observations ethnographiques et d’un travail comparatif incessant, les catégories classiques de l’anthropologie religieuse. Qu’il s’agisse du sacrifice, des modes de comput du temps, de rites du cycle de vie (naissance, initiation, funérailles), de rites de fondation, du traitement rituel des meurtriers, des notions de «personne», de «corps», d’«espace», de destin individuel, enfin de la divination – dont on peut dire qu’elle fut dès le début au cœur de ses recherches –, ses travaux et ses enseignements portent la marque d’une vigilance toujours en alerte tant sur les présupposés qui modèlent à son insu le regard de l’ethnologue que sur l’entreprise qui consiste à mettre en texte les matériaux ethnographiques, particulièrement en contexte rituel où paroles, gestes et signes sont inextricablement imbriqués. Mettre à jour la logique à l’œuvre dans les rites étudiés et la singularité de configurations symboliques complexes exige à la fois de repérer, dans l’organisation rituelle d’une même société, les «lignes» qui courent d’un rite à l’autre et de mener un travail comparatif à plusieurs échelles, dans le proche (avec les sociétés de l’aire mande-voltaïque) et avec d’autres systèmes de pensée éloignés dans le temps et l’espace. Ce qu’il fit dans le cadre de travaux collectifs avec des africanistes mais aussi des hellénistes, latinistes, indianistes, anthropologues d’autres aires culturelles. De l’ensemble des rites qu’il a étudiés, le sacrifice et la divination sur lesquels, outre ses propres matériaux, il a accumulé une documentation considérable, occupent une place majeure. Il en a profondément renouvelé l’approche : dès ses premiers textes sur le statut de l’animal sacrificiel, il a mis en lumière l’étroite articulation du sacrifice et de la divination en tant que celle-ci appartient au même procès que le rite dont elle détermine les conditions ; il a montré comment la permutabilité des positions entre l’instance, le sacrifiant, la victime, l’officiant, touche à l’essence même du sacrifice. En examinant de près les espaces d’un dire oraculaire et en réintroduisant la notion de sujet au cœur de l’analyse du rituel, il fut amené à bousculer la classification en deux groupes de divinations, déductives/inspirées.

Publications principales

- Sous le masque de l’animal, Essais sur le sacrifice en Afrique noire, Paris, PUF, BEHE,1987, 380 p.

- Destins de meurtriers, M. Detienne et M. Cartry (éd.), Systèmes de pensée en Afrique noire, 14, 1996, 315 p.

- Architecturer l’invisible, M. Cartry, R. Piettre, J.-L. Durand (éd.) Turnhout, Brepols, BEHE SR, 2009, 440 p.

- « Note sur les signes graphiques du géomancien gourmantché », Journal de la société des Africanistes, 13 (1), 1963, p. 275-306.

- « La calebasse de l'excision chez les Gourmantché », Journal de la société des Africanistes, 38 (2), 1968, p. 189-225.

- « La transgression et sa dérision » par Alfred Adler et Michel Cartry, L’Homme, 11, Cahier 3, 1971, p 5-33.

- « Introduction » et « Le lien à la mère et la notion de destin individuel chez les Gourmantché », La notion de personne en Afrique Noire, Paris, CNRS, 1973, p. 15-32 et p. 255-282.

- « Le statut de l’animal dans le système sacrificiel des Gourmantché (Haute-Volta). Première partie », Le sacrifice I, Systèmes de pensée en Afrique Noire, cahier 3, 1976, p. 141-175. http://span.revues.org/268. // Deuxième partie », Le sacrifice II, Systèmes de pensée en Afrique Noire, 4, p. 17-58, http://span.revues.org/361 // Troisième partie », Le sacrifice IV, Systèmes de pensée en Afrique Noire, 5,1981, p. 195-216.http://span.revues.org/483

- « Les yeux captifs », Systèmes de signes, textes réunis en hommage à Germaine Dieterlen, Paris, Hermann, 1978, p. 79-110.

- « Du village à la brousse ou le retour de la question. À propos des Gourmantché du Gobnangu (Haute-Volta) », in M. Izard et P. Smith (éd.), La fonction symbolique. Essais d’anthropologie, Paris, Gallimard, 1979, p.265-288.

- « Le suaire du chef », Sous le masque de l’animal, Essais sur le sacrifice en Afrique noire, Paris, PUF, BEHE,1987, p. 131-231.

- « Le fait religieux », Le Courrier du CNRS. Images des Sciences de l’Homme, n° 67, 1987, p. 50-56.

- « Fondation sans fondateur », avec D. Liberski, dans M. Detienne (dir.) Tracés de fondation, Louvain-Paris, Peeters, 1990, p. 85-140.

- « Une écriture divinatoire - Eine Orakelschrifft », in R. Baur, La loi et ses conséquences visuelles, Wettingen, Lars Müller Publishers, 2005, pp. 402-429.

- « La dette sacrificielle du meurtrier d’après quelques récits d’administrateurs-ethnologues », Destins de meurtriers, Systèmes de Pensée en Afrique Noire, 14, 1996, p.  251-304.

- « D’un rite à l’autre, la mémoire du rituel et les remémorations de l’ethnologue », Incidence 2 (2006), p. 153-166.

- « La fête des autres », Le Cahier de l’Herne 82 (2004), p. 285-295.

- « Autrefois on croyait aux masques », Incidences 2 (2006), p. 111-133.

- « De la divination au sacrifice : la métaphore de l'attache », Architecturer l’invisible. Autels,ligatures, écritures, Turnhout, Brepols, BEHE, 2009, p.307-360.

Volumes d'hommage

- "Le chemin du rite. Autour de l'œuvre de Michel Cartry". Paris, Revue Incidence 6, 2010.

- "Comparer les systèmes de pensée. Hommage à la mémoire de Michel Cartry", Paris, EPHE, Systèmes de pensée en Afrique Noire, 19, 2016.

Publications au sujet de la personne

- Alfred Adler, "Michel Cartry (1931-2008)", L'Homme, 195-196, 2010, p 483-496, http://lhomme.revues.org/22596 ; DOI : 10.4000/lhomme.22596
- Danouta Liberski-Bagnoud, "Notice biographique", Incidence 6, 2010, p. 15-16. https://www.iea-nantes.fr/.../actu_fichier1_courte.biographie.factuelle.de. michel.cartry.pdf‎
- Gilbert Rouget, "In memoriam, Michel Cartry (1931-2008)", Journal des Africanistes, 2011, t. 81/1, 201, p. 149-150
- Françoise Héritier, id., p. 151-154.7-9.
- Michèle Ducornet, Danouta Liberski-Bagnoud, "Avant-propos", "Comparer les systèmes de pensée. Hommage à la mémoire de Michel Cartry", Systèmes de pensée en Afrique Noire, 19, Paris, EPHE, 2016, p. .
- Pierre Legendre, "Éloge d'un homme libre", id., p. 11-13.

Auteur de la notice
Odile Journet-Diallo
Mise à jour
 le 26 novembre 2017 - 12:18