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Nom Biardeau
Prénom Madeleine
Naissance Niort (France) (16 mai 1922)
Décès Cherveux (Deux-Sèvres, France) (01 février 2010)
Sections
Sciences religieuses
Statuts et fonctions
Directrice d'études
Direction d'études
Religions de l'Inde (octobre 1960 à juin 1989)
Distinction Prix de la Fondation Émile Senart de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (2003)
Origines familiales

Née à Niort, dans une famille de transporteurs, elle s'est retirée en 2008 dans sa région natale, à Cherveux, où elle s'est éteinte en 2010. 

Situation de famille
Célibataire
Laboratoire
Centre d'études de l'Inde et de l'Asie du Sud (CEIAS)
Études et formations

Madeleine Biardeau poursuit ses études secondaires au lycée de jeunes filles de Niort, sa ville natale, jusqu'au baccalauréat. A l'École normale supérieure (Sèvres), où elle est admise en 1943, elle reçoit une formation de philosophe. C'est par l'étude de systèmes philosophiques brahmaniques, menée de front avec l'apprentissage intensif du sanscrit, qu'elle entre dans le champ des études indiennes. Elle séjourne deux années (mai 1950-mai 1952) à l'université de Trivandrum, au Kerala, en qualité de "Lecturer in French Language", et y fait la rencontre déterminante de grands pandits, dont Rāmaswāmi Śāstrī auquel elle dédiera l'édition de son Tattvabindu (1956).  Ces années kéralaises marquent le début d'une vie qui, jusqu'à la fin de sa carrière, sera rythmée par des séjours en Inde de plusieurs mois, chaque année, dans le Sud d'abord, puis à Poona (Pune), au Deccan College, où elle suit ses maîtres, "pandits" traditionnels appelés à collaborer à l'ambitieux projet de Thesaurus de la langue sanscrite. Elle publie, aux éditions de l'Institut français d'indologie de Pondichéry et dans la collection de l'École française d'Extrême-Orient, des traductions commentées d'œuvres de Maṇḍanamiśra, Vācaspatimiśra, Bhartr̥hari, qui préparent, accompagnent ou prolongent sa thèse, Théorie de la connaissance et philosophie de la parole dans le brahmanisme classique (Mouton, 1964).

Parcours professionnel, responsabilité à l'EPHE

En 1960, Madeleine Biardeau est élue, à 38 ans, Directeur d'études pour les religions de l'Inde à la Ve section de l'EPHE. Elle y fera toute sa carrière jusqu'à sa retraite en 1989. De 1960 à 1971, elle est Directeur d'études pour les religions de l'Inde en même temps qu'Olivier Lacombe (en poste depuis 1947). De 1965 à 1971, elle a pour maître-assistant Anne-Marie Esnoul qui est élue Directeur d'études, en 1972, après le départ d'Olivier Lacombe. Charles Malamoud lui succède comme maître-assistant de 1972 à 1977, avant d'être élu Directeur d'études en 1977. Cette collaboration intellectuelle et institutionnelle durera jusqu'au départ à la retraite de Madeleine Biardeau, en 1989. Outre cette exemplaire paraṃparā, ou lignée intellectuelle établie de maître à élève, on observe que Madeleine Biardeau a compté, parmi ses auditeurs et étudiants, un très grand nombre d'indianistes confirmés ou en formation, toutes disciplines confondues: André Padoux et Michel Hulin, mais aussi, au fil de ses vingt-neuf années d'enseignement à l'EPHE, Anne-Marie Esnoul, Charles Malamoud, France Bhattacharya, Pierre Grimal, Marie-Claude Porcher, Lyne Bansat-Boudon, Lakshmi Kapani, Marie-Louise Reiniche, Francis Zimmermann, Eli Franco, David D. White, pour n'en citer que quelques-uns.
En 2003, le Prix de la Fondation Émile Senart lui est décerné "pour l'ensemble de son œuvre dans le domaine des études indiennes".

Parcours professionnel hors EPHE

Professeur de philosophie au Collège classique de Belfort, puis au Lycée Jeanne d'Arc à Rouen de 1952 à 1954, elle est attachée de recherche au CNRS de 1954 à 1960, date de son élection à l'EPHE.

Domaines de recherches

Madeleine Biardeau publie d’abord des traductions d'œuvres philosophiques qui préparent, accompagnent ou prolongent sa thèse. Elle est ainsi amenée à élaborer la notion d'orthodoxie appliquée au brahmanisme : c'est la fidélité aux prescriptions du Veda (qui consistent principalement en instructions sur les rites sacrificiels) combinée à la quête d'un salut conçu comme une «délivrance», une sortie hors du monde des actes et de leurs conséquences. MB perçoit que les spéculations et controverses des philosophes ne prennent sens que si on les éclaire par les textes prescriptifs ou narratifs dans lesquels s'exprime une doctrine des «buts de l'homme», de l'organisation de la société et du cosmos. Dès lors commence pour elle la deuxième phase du cheminement de sa pensée : elle s'attache à explorer systématiquement, pour mettre en lumière leur cohérence, les foisonnants corpus de mythes que sont les Purāṇa. Mais sa passion fondamentale, ce sont les épopées. Le déclic est venu, en 1968, de la lecture de Mythe et épopée, de Georges Dumézil : sans partager les préoccupations comparatistes de celui-ci, elle adhère pleinement à sa manière d’étager les strates de significations dans les personnages et les événements du Mahābhārata. Elle publie d'abord, en collaboration avec Marie-Claude Porcher, une traduction collective du Rāmāyaṇa, l’autre grande épopée de l'Inde, dans la collection de La Pléiade (1999). Ce sont enfin, en 2002, les deux volumes du Mahābhārata, où elle expose en détail toute sa doctrine sur le sens de ce texte, sa structure secrète, la fonction qui lui est assignée (par ses auteurs ou plutôt son auteur) de mener une contre-offensive brahmanique face à l'expansion du bouddhisme. C’est l'aboutissement de quatre décennies de travail et le point d’achèvement d’une œuvre ample et puissante, remarquablement homogène quant à sa visée. Il s’agit, en effet, pour MB, de construire l’«anthropologie d’une civilisation». Car MB se veut aussi une «philosophe de terrain», qui discute avec les pandits et séjourne dans les villages. De même s’intéresse-t-elle à l’œuvre du sociologue Louis Dumont. Leurs recherches sur la société indienne s'étayaient ; elle se range à sa démarche structuraliste. Au milieu des années 1950, c’est avec lui et le juriste Robert Lingat qu’elle crée le Centre d’études de l’Inde. En 1969, elle accepte la direction du Centre, devenu Centre d'études de l'Inde et de l'Asie du Sud. Et elle travaille avec la jeune génération des ethnologues indianistes, tels Olivier Herrenschmidt et Marie-Louise Reiniche. Forte de la conjugaison des méthodes philologique, sociologique et anthropologique, MB traquait idées reçues et préjugés, refusant que l’on appose une quelconque grille d’interprétation ethnocentrique ou romantique sur une Inde fantasmée. Le rayonnement de son œuvre est immense. En témoignent tant les disciples qu’elle eut en France et à l’étranger que les traductions (en anglais, italien, espagnol) de plusieurs de ses livres.

Publications principales

Tattvabindu de Vācaspatimiśra. édition critique, traduction et introduction. Pondicherry, Institut français d’Indologie (Publications de l’Institut français d’indologie 3), 1956.

Sphoṭa Siddhi (La Démonstration du sphoṭa) par Maṇḍana Miśra. Introduction, traduction et commentaire par M. Biardeau. Texte sanskrit établi par N.R. Bhatt, en collaboration avec T. Ramanujam. Pondicherry, Institut français d’indologie (Publications de l’IFI 13), 1958. Inde. Paris, Seuil (Petite Planète 19), 1958.

Théorie de la connaissance et philosophie de la parole dans le brāhmanisme classique. Paris-The Hague, Mouton (Le Monde d’Outre-Mer passé et présent, Études 23), 1964.

Bhartṛhari. Vākyapadīya Brahmakāṇḍa, avec la vṛtti de Harivṛṣabha (Texte reproduit de l’édition de Lahore). Traduction, introduction et notes. Paris, De Boccard (Publications de l’Institut de civilisation indienne 24), 1964.

La philosophie de Mandana Miśra, vue à partir de la Brahmasiddhi. Paris, École française d’Extrême-Orient (Publications de l’EFEO 76), 1969.

Clefs pour la pensée hindoue. Paris, Seghers, 1972.

M. Biardeau, Ch. Malamoud, Le sacrifice dans l’Inde ancienne. Paris, Presses universitaires de France (Bibliothèque de l’École des hautes études, Sciences religieuses 76), 1976.

Le Tattvabindu de Vācaspatimiśra. Édition critique, traduction et introduction. Seconde édition révisée. Pondicherry, Institut français d’indologie (Publications de l’IFI 3), 1979.

Études de mythologie hindoue. I : Cosmogonies purāṇiques. Paris, École française d’Extrême-Orient (Publications de l’EFEO 128), 1981.

L’hindouisme. Anthropologie d’une civilisation (édition révisée de Clefs pour la pensée hindoue, Seghers, 1972). Paris, Flammarion (Champs), 1981.  

(sous dir.), Autour de la Déesse hindoue. Paris, École des hautes études en sciences sociales (Puruṣārtha 5), 1981.

Le Mahābhārata. Extraits traduits du sanscrit. I : Livres I à V. Traduction par J.-M. Péterfalvi. Introduction, commentaires, résumé, glossaire par M. Biardeau. Paris, Flammarion, 1985.

Le Mahābhārata. Extraits traduits du sanscrit. II : Livres VI à XVIII. Traduction par J.-M. Péterfalvi. Introduction, commentaires, résumé, glossaire par M. Biardeau. Paris, Flammarion, 1986.

Histoires de poteaux. Variations védiques autour de la Déesse hindoue. Paris, École française d’Extrême-Orient (Publications de l’EFEO 154), 1989.

Études de mythologie hindoue. II : Bhakti et avatāra. Pondicherry, École française d’Extrême-Orient (Publications de l’EFEO 171), 1994.

M. Biardeau, M.-Cl. Porcher (sous dir.), Le Rāmāyaṇa de Vālmīki. Paris, Gallimard (Bibliothèque de La Pléiade 458), 1999.

Le Mahābhārata. Un récit fondateur du brahmanisme et son interprétation. Paris, Seuil, 2 vols, 2002.

M. Biardeau, M.-Cl. Porcher (sous dir.), A. Taha Hussein-Okada (icon., introd.), B.N. Goswamy (préface), Rāmāyaṇa : illustré par les miniatures indiennes du XVIe au XIXe siècle. Paris, Diane de Selliers, 7 vol., 2011.

Volumes d'hommage

Le 5 mai 2011, une journée d'études consacrée à Madeleine Biardeau sous le titre: « Du texte au terrain, du terrain au texte. Dialogues disciplinaires autour de l'œuvre de Madeleine Biardeau » a été organisée au CEIAS, qu'elle a contribué à créer et dont fut le second directeur. Lyne Bansat-Boudon, Gérard Colas, Charles Malamoud, Gerdi Gerschheimer, Silvia D'Intino, Catherine Weinberger-Thomas, Alf Hiltebeitel et David G. White qui, à divers titres, ont côtoyé Madeleine Biardeau et son œuvre, y ont présenté une communication. Les Actes de cette journée d'études sont publiés en ligne sur le site du Centre d'études de l'Inde et de l'Asie du sud (CEIAS), à l'EHESS: http://ceias.ehess.fr/index.php?2412.

Publications au sujet de la personne

Plusieurs textes In memoriam:

Charles Malamoud, Le Monde, 17/02/2010; Newsletter of the International Association of Sanskrit Studies, 10, 2011), 

Roland Lardinois, The Hindu, 28/02/2010, 

Raphaël Rousseleau, http:// ceias.ehess.fr/docannexe.php?id=1866, 

Pierre-Sylvain Filliozat, "In memoriam. Madeleine Biardeau (1922-2010)", Journal asiatique 298,1 (2010), p. 1-4.

Silvia D'Intino, Obituary and Bibliography of Madeleine Biardeau (1922-2010), Indologica Taurinensia 37, 2011, p. 303-315

Auteur de la notice
Lyne Bansat-Boudon et Charles Malamoud
Mise à jour
 le 08 décembre 2017 - 09:08