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Germaine Dieterlen

Mise à jour
 le 31 juillet 2017 - 08:15
Nom : Dieterlen, Teissier du Cros
Prénom : Germaine
Naissance : Valleraugue (Gard) (15 mai 1903)
Décès : Paris (France) (13 novembre 1999)
Sections : 
Sciences religieuses
Statuts et fonctions : 
Directrice d'études
Direction d'études :
Religions de l'Afrique Noire (septembre 1956 à juin 1972)
Origines familiales

Elle est issue d'une vieille famille protestante d'origine cévenole (des filateurs de soie originaires du hameau du Cros près de Valleraugue).

Situation de famille
mariée
Équipe de recherche
GR 11, Étude des phénomènes religieux en Afrique occidentale et équatoriale
RCP 11, Objets et méthodes d'une ethnologie comparée de l'Afrique Noire
Unité de recherche
LA 221, Systèmes de pensée en Afrique Noire, de 1973 à 2006 (le laboratoire est alors intégré au CEMAF (Centre d'étude des Mondes Africains)
Études et formations

Ce n'est qu'à 30 ans que Germaine Dieterlen, mariée et nantie d'un diplôme d'infirmière, décide de passer son baccalauréat pour se consacrer à l'ethnographie. Elle avait découvert cette discipline en suivant les leçons de Marcel Mauss à l'Institut d'ethnologie où elle fut recrutée par Georges-Henri Rivière pour collaborer bénévolement, en compagnie de sa cousine Odette Teissier du Cros, à la rénovation du musée d'ethnographie, qui devint en 1937 le Musée de l'Homme : à ce moment même se préparait en ce lieu la "Mission Dakar-Djibouti" dirigée par Marcel Griaule. D'autres femmes (Denise Paulme, Eveline Lot-Falck) connaîtront à cette époque de mêmes débuts dans l'ethnologie, à servir de petites mains, faire des étiquettes, mais au contact direct des objets recueillis sur le terrain.
1937 : premier séjour de terrain chez les Dogon, avec Griaule. Elle y retournera très régulièrement jusqu'en 1998.
1940 : diplômée de l'EPHE
1943, 1944 : diplômée de l'École nationale des langues orientales
1949: docteur ès lettres

Parcours professionnel, responsabilité à l'EPHE

1947, du 1er février au 19 avril : chargée de conférences sur la chaire de Maurice Leenhardt (Religions des peuples non civilisés)
1956 : nommée Directeur d'études en 1956, elle conserve cette chaire jusqu'en 1972.
1969 : elle crée le GR 11 (CNRS-EPHE) consacré à l'étude des systèmes religieux de l'Afrique occidentale et équatoriale et organise en 1971 le colloque international sur la notion de personne en Afrique Noire.
Son successeur fut Michel Cartry (1973). Mais elle continua à donner des conférences, puis un séminaire de cinématographie des rites en compagnie de Jean Rouch, jusqu'en 1993.

Parcours professionnel hors EPHE

Ethnographe des Dogons au Mali, mais aussi des Bambaras, Soninkés, Bozos, Peuls, elle a exploré depuis 1937 les terrains ouverts par la mission Dakar-Djibouti,  avec Marcel Griaule, Michel Leiris, Jean Rouch, Solange de Ganay, Deborah Lifchitz, Denise Paulme, Gilbert Rouget...
De 1957 à 1974, succédant à Marcel Griaule, elle fut secrétaire générale de la Société des africanistes.
Elle fut Présidente du Comité du film ethnographique, au Musée de l'Homme, de 1966 à sa mort.
Elle fut active aussi à l'International African Institute (IAI) de Londres (fondé en 1926), invitée notamment à donner les conférences Lugard lecture 1970 (Paris): "Cérémonies soixantenaires du sigui chez les Dogons : onzième Lugard memorial lecture. (‘The sextennial ceremonies of the Sigui among the Dogon’).

Domaines de recherches

Au cours de ses enquêtes ethnographiques menées sur une période de plus de soixante ans en pays dogon, bambara, malinké, bozo, peul, soninké (pour l’essentiel au Mali, mais aussi au Burkina Faso, en Côte-d’Ivoire, au Niger et au Ghana), il n'est guère de domaine de la vie sociale et rituelle qui ait échappé à l'attention passionnée de Germaine Dieterlen : comme en témoignent ses publications, elle aura décrit et analysé avec la même finesse objets et culture technique, tradition orale et textes rituels, parenté, signes graphiques, mythes et rites.
Nourrie des leçons de Marcel Mauss puis de Marcel Griaule, elle sut conjuguer l’exigence de la description ethnographique la plus concrète des objets (calebasses gravées en provenance du Bénin, harpe-luth dogon, percussions bozo, techniques des forgerons et des tisserands, bijoux, etc.), des rites (rites funéraires, rites initiatiques), des textes oraux, des institutions, avec la quête permanente des réseaux de correspondance qu’ils entretenaient avec les catégories de pensée mises en œuvre par le mythe.
Dès le début de sa carrière, avec la publication de son ouvrage Les âmes des Dogons, elle manifesta son extrême intérêt pour la « notion de personne » dont l’importance lui avait été révélée par Mauss et elle organisa en 1971 un colloque qui fera date, « La notion de personne en Afrique Noire ».
Si la majeure partie de ses travaux est consacrée aux Dogons chez lesquels elle est régulièrement retournée jusqu’à la fin de sa vie, elle eut toujours le souci d’ancrer son ethnographie dans un ensemble régional plus vaste englobant la plupart des populations autrefois intégrées à l’ancien empire du Mandé ou vivant à ses alentours. En collaboration avec des chercheurs africains (Youssouf Tata Cissé, Amadou Hampâté Bâ, Dyarra Sylla), elle étudia récits de création et séquences rituelles notamment en milieu bambara et soninke, et put mettre en évidence comment ces groupes avaient puisé leur inspiration dans une source commune et partageaient une même géographie mythique.
Son œuvre est en particulier marquée par l’élaboration de cet ouvrage fascinant, fruit de son étroite collaboration avec Griaule, mais terminé après la mort de ce dernier, qu’est Le renard pâle, reconstitution du mythe cosmogonique dogon. Elle sut en retrouver les empreintes dans les séquences rituelles mais aussi les paysages, les lieux, les signes graphiques, les institutions.
Elle étudia pendant plusieurs années et dans ses moindres détails, un cycle rituel de sept années qui ne revient que tous les soixante ans, le Sigui, commémorant la mort du premier ancêtre mythique et la révélation de la parole. Ce travail donna lieu à une série de films réalisés avec Jean Rouch.

Publications principales

Ouvrages:

Les Âmes des Dogons, Paris, Institut d'ethnologie, 1941.

Essai sur la religion bambara, Paris, PUF, 1951 (2e éd. Bruxelles, 264 p.)

Germaine Dieterlen et M. Griaule, Signes graphiques soudanais, Paris, Hermann, 1952.

Germaine Dieterlen et A. Hampaté Ba, Koumen, texte initiatique des pasteurs Peul, Paris-La Haye, Mouton, 1961.

Marcel Griaule (✝) et Germaine Dieterlen, Le Renard Pâle.Le mythe cosmogonique, la création du monde, Paris, Institut d'Ethnologie, 1965, 531 p.

Les Dogon: Notion de personne et mythe de la création, Paris, L'Harmattan, 115 p.

Germaine Dieterlen et al., Textes sacrés d'Afrique noire, 306 p.

Germaine Dieterlen et Youssouf Tata Cissé, Les Fondements de la société d'initiation du Komo, Paris-La Haye, Mouton, 1972.

Germaine Dieterlen (éd.), La notion de personne en Afrique noire, Paris, éd. du CNRS, 1973.

Le Titre d'honneur des Arou (Dogon, Mali), Paris, Mémoires de la Société des africanistes, 1982, 215 p.

Germaine Dieterlen, Diarra Sylla et al., L'Empire du Ghana. Le Wagadou et les traditions de Yéréré, Karthala,1992, 257 p..

 

Articles (sélection):

Germaine Dieterlen et Marcel Griaule, "Calebasses dahoméennes (Documents de la mission Dakar-Djibouti)", Journal de la société des Africanistes, 1935, vol. 5, n° 2, p. 203-246.

"La personne chez les Bambara", Journal de Psychologie normale et pathologique, 1947, n°1, p. 45-53.

Germaine Dieterlen et Marcel Griaule, « L’agriculture rituelle chez les Bozo », Journal de la société des Africanistes, 1949, tome 19, 1949, p. 209-222.

Germaine Dieterlen et Marcel Griaule, « La harpe-luth des Dogon », Journal de la société des Africanistes, 1950, vol. 20, p.209-222.

« Mythe et organisation sociale au Soudan français », Journal de la société des Africanistes », 1959, vol. 29, n°1, p. 119-138.

Germaine Dieterlen et Geneviève Calame-Griaule, « L’alimentation dogon », Cahiers d’études africaines, 1960, vol. 1, n° 3, p. 46-89.

« Contribution à l’étude des forgerons en Afrique occidentale », Annuaire EPHE, sciences religieuses, 1964, vol. 77, p. 3-28.

« Mythologie, histoire et masques », Journal des africanistes, 1989, vol. 59 ? n° 1, p. 7-38.

 

Filmographie (réalisation avec Jean Rouch):

(sur les rituels dogon du Sigui, répétés tous les soixante ans et tournant d'un village à l'autre sur sept années, au Mali: le prochain Sigui débutera normalement en 2028)

1967: L'Enclume du Yougo (38 mn). Début des fêtes du Sigui.

1968: Les Danseurs de Tyogou (27 mn). Deuxième année du Sigui.

1969: La Caverne de Bongo (40 mn). Troisième année du Sigui.

1970: Les Clameurs d'Amani (35 mn). Quatrième année du Sigui.

1974: L'Auvent de la circoncision (18 mn). Septième et dernière année du Sigui.

Volumes d'hommage

. Systèmes de signes. Textes réunis en hommage à Germaine Dieterlen, Paris, Hermann, 1978. 519 p.
Textes de

. Les empreintes du renard pâle : pour Germaine Dieterlen. Journal des Africanistes, tome 71, n°1, 2001, avec les contributions de Marc-Henri Piault, Gilbert Rouget, Jean Rouch, Geneviève Calame-Griaule, Monique Gessain, Marie-Paule Ferry, Edmond Bernus, Luc de Heusch, Philippe Lourdou, Nadine Wanono, Tal Tamari, Michel Izard, Gilles Holder, Éric Jolly, Shinzo Sakai, Mary Douglas, Jack Goody.

Publications au sujet de la personne

Michel Izard, "Germaine Dieterlen", http://www.universalis.fr/encyclopedie/germaine-dieterlen/.

Michel Izard, "Germaine Dieterlen", Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie (dir. Pierre Bonte et Michel Izard), 1991, p. 200-201.

Hommage à Germaine Dieterlen, 19e bilan du film ethnographique, 2000.

Sites internet référents
Auteur de la notice : 
Odile Journet